06.12.2007

Cher délateur,



Tu te gausse et jouis presque de ta logorrhée désarticulée. Tu prêches l’introspection et l’amour achetés au rabais pour moitié à ton dealer et pour moitié à la boutique ésotérique du coin de la rue. Tu ris, ho oui, tu ris, et c’est fort bien, des quolibets que tu appelles de tous tes vœux en jetant ton pavé normalisé dans une mare désorganisée de vanupieds errants.
Tu t’excites à montrer du doigt cette haine fantasmée chez le naïf, tu le pousses dans ses intimes retranchements et tu te branles, le croyant acculé à ses ultimes arguments.

Le naïf, cher délateur, n’a pas une once de ta haine perfide, non ; le naïf porte en lui toute la colère face à l’injustice – face à ton injustice, celle des lâches - qu’il ne peut comprendre dans son infini amour de l’autre.
Ton esprit est trop gourd pour saisir toute la différence qu’il y a entre haine et colère. Pourtant c’est si simple ! La haine, cher délateur, c’est ce cocktail abscons de peur et de lâcheté qui font rejeter l’autre, c’est ce qui te fait voir l’ennemi là où se trouve la victime parce que ton esprit est trop engourdi et trop ignare pour faire la différence entre causes et conséquences ; c’est ce retrait derrière l’ordre sacrosaint, cette fuite derrière la sécurité des uniformes au service de l’uniformisation, derrière ton ignorance de l’histoire, des histoires : des grandes et des petites. Ta haine ne sait que détruire. Ta haine, c’est ce rejet du sale, du faible, du qui sent mauvais, du qui pue de la gueule et des aisselles, du qui explose quand on le chatouille une fois de trop là où ça fait mal. Ta haine, c’est la peur de l’explosion de tes certitudes acquises à coup de lois, de normes, de coups de matraque, d’embastillage de tout ce qui gueule trop fort. Oui, au fond de toi tu as peur et tu as raison d’avoir peur.

Face à ta haine grandissante s’épanouit la colère des naïfs. Chaque coup de mot que tu donnes, c’est un coup de pied qui se prépare dans ton cul trop gras d’embourgeoisé sécurisé. Chaque claque virtuelle que tu ris d’avoir donné, c’est un coup de tronche qui se prépare sur ta petite gueule surprotégée.
La colère, cher délateur, quoiqu’elle frappe ne détruit pas, si ce n’est ton monde aseptisé de crétins sous vidéosurveillance. La colère des naïfs s’accumule à l’orée des normes bienpensantes que nous feignons d’accepter, résignés. Sais-tu ce qui se passe, cher délateur, quand un tel barrage cède ?
Déferlement de colère.
Chaos salutaire.
Et dans ce chaos, les premiers que la colère pend par les couilles, ce sont les délateurs.

A bientôt, cher délateur : j’ai hâte de te retrouver au prochain déferlement de colère.

05.11.2007

Morale

La morale a jadis fait naitre des illusions. Une fois son bec cloué, à la morale, que reste-t-il de rêves minaudés au clair de lune ? Tangible réalité vs phantasme (heureusement ?) inaccessible, réalité gagnante. Douceur saccadée sans espoir : rien n’est éternel. Rien ? Le lien infime, invisible et impalpable, peut-être. Ou est-ce encore illusion ? On a beau la chasser, la morale, elle s’insinue, vicieuse, au travers les tissus échancrés des faiblesses. On n’y prend garde, et la voilà qui culpabilise à coup de bien/pas bien, futilité à fonction de dos d’âne ralentisseur ; la morale s’attaque même à l'évolution.

09.10.2007

L'âme à nue: curriculum vitae

Ce texte est un crachat glaireux à la face de la nostalgie.

 

 

L’alcool a coulé à flot, ce soir. Surtout dans ton gosier. Je t’ai croisé trois fois en dix ans. Depuis dix ans tu dis ton malheur d’être alcoolique et noies ta culpabilité dans les vapeurs éthyliques. Depuis dix ans, ton ventre gonfle, tes traits s’avachissent. A trente ans, tu ne t’es construit qu’ennui et frustrations. Tu as parlé plus tôt de sexe avec la bave aux lèvres, les femmes sont pour toi des créatures mi harpie mi gorgone, hideuses d’être restées inaccessibles ; tu cris à l’hérésie lorsque la musique jouée ne correspond pas à ton insatiable nostalgie : ta vie est un disque rayé condamné à répéter les mêmes phrases jusqu’à ce que quelqu’un, peut-être, mette un coup de poing sur la table. Tu vas déraper : tu dérapes toujours quand tu as bu. Et te voilà qui te dresse, le cou tendu de rage, le dos raide sous le poids de la colère, la voix tremblante de haine. Entre une éructation et un grognement, tu étanches ta soif de vengeance :

« Les fous à la camisole ! Les voleurs au cachot ! Qu’on pende les criminels par les couilles ! »

Ta tension monte. Tu aiguises ton verbe et prépare une flèche que tu veux empoisonnée, quand enfin tu lances ton ultime attaque :

« La vie, ça n’est pas des fleurs et des petits oiseaux : remets les pieds sur terre ! »

 

Plouf. L’attaque était un coup dans l’eau si dérisoire qu’il ne fait pas même se rider la surface.

Entendons-nous bien, petit bonhomme : il n’y a nulle haine dans mon propos, parce qu’il n’y a jamais eu de place pour la haine. Il n’y a pas de colère car elle est toute occupée, braquée sur le monde, sur les puissants, les pollueurs et les avares. Du mépris ? Oui. Je méprise les lâches.

Tu parles de la vie ? Alors laisse-moi te narrer, petit bonhomme, cette vie qui est comme un roman.

 

Au départ il y a toujours une pleine lune pour illuminer une évidence, suivi d’un rêve, toujours le même. Un serpent qui ondule : une mue qui se prépare. Un songe brumeux : une porte. Un choix : un pas. Et derrière, un escalier.

 

Au départ, en cet instant hideux où l’on m’arrache à la douceur amniotique pour me plonger dans la blancheur chirurgicale, il y a une pleine lune cachée sous un orage.

Un cri déchirant à mettre en péril l’infini silence du monde après son inéluctable fin ou avant son commencement. Le couperet de la réalité tombe : il va bien falloir vivre.

 

Enfant, je vivais au cœur de la ville, dans un chalet rose à mille lieux au dessus du raz des pâquerettes. Comme il sied en occident, ce fut une ère d’apprentissage de la solitude. Pour toute ouverture sur le monde une lucarne donnant sur une usine. Et l’œilleton de la littérature qui ouvrait sur le monde merveilleux de l’imagination. Spirale des mots qui mènent aux idées, des idées à l’action puis des actions aux idées, des idées aux mots.

 

Les lettres comme point de départ d’un œil sublimatoire.

 

On m’accusera plus tard de mensonge sans saisir que je vis seulement tout intensément. L’anodin n’existe pas. Une fleur ne cessera de contenir toute la beauté de l’univers, le chant d’un oiseau tout l’appel de la vie.

 

Les adultes malgré eux m’apprendront que leur monde est laid et vain, vaniteux, hypocrite, inconséquent, violent et malsain. Quelques uns pourtant furent différents, les Petits Princes du monde. Un père dur mais si infiniment curieux. Une mère enfantine et si profondément spirituelle. Un paysan si respectueux de la vie, qu’il me réveillera au milieu de la nuit pour offrir à l’enfant de la brique et du béton que je suis, le miracle de la vie : la naissance d’une brebis ; tendre vieillard que je verrais plus tard transformé en pleureuse pour une abeille qui se noie. Il doit être mort, aujourd’hui.

 

Première confrontation à la mort et cette immense culpabilité de ne pas être triste. Plus tard j’apprendrais qu’il n’y a pas de remord à avoir : la mort fait naitre la vie.

 

La perversité de l’école. Apprentissages inutiles, ennui. Des adultes si désespérément sûrs de leur supériorité. Des enfants si désespérément futiles. Le libéralisme commence à sévir. Je ne comprends pas encore les tenants et aboutissants de la Bête, mais je perçois déjà la bêtise consumériste. Il y a dans la conscience une indubitable part innée. Vient la découverte d’une bible dans le grenier et de lames de rasoir dans la salle de bain. Prières et supplications. Cri silencieux d’incompréhension dans la mutilation.

 

Période opaque à peine percée de trous de souvenirs troubles.

 

Une autre pleine lune, trente ans après la première. L’orage est passé. Le songe annonce qu’un jour il faudra bien mourir. D’une porte à une autre, puisqu’il y aura l’ultime il faut en pousser autant qu’il s’en présente ; les pousser toutes pour découvrir ici la beauté, la joie ou la tendresse ; et là le grand Chtulu, monstre miroir ; ou l’indomptable Bêtise.

 

Où se situe la première porte ? Je ne saurais le dire. L’adolescence a perduré au-delà des limites habituellement admises. Le chaos, la déconstruction, le tâtonnement, le doute abscons, les certitudes illégitimes, autant de heurts et de déconvenues auxquels il faut faire face dans un monde propice à l’angoisse. Se protéger de ce monde comme un phoque se protège du froid.

Et puis le grand clash salutaire à coup d’excès hallucinatoires : une porte poussée et derrière six mois de confrontation à soi-même, d’annihilation dangereuse de la barrière vitale entre conscient et inconscient. L’escalier se dérobe ; psychose paranoïaque et la terre glaise pour issue. Sept démons plus tard, je suis guérie, grandie.

 

Puis peu à peu la maturité fait son œuvre. Un jour, on s’éveille entouré de tout le confort moderne de l’économie libérale. Un contrat à durée indéterminée appartement trois pièces lit chauffage baignoire réfrigérateur-rempli radioréveil chaine hi-fi télévision téléphone portable abonnement soirée-du-samedi-soir. Un jour, on s’éveille dans un monde qui marche sur la tête. Sans-papier, sans-travail, sans-logis, sans-amour. Expulsions matraquages grèves-de-la-faim incendies misère colère.

Dire merde et survient un grand jour : celui de tout quitter, de se libérer du connu et de partir tête haute sur des chemins escarpés. La route, la grande route, sans but, sans retour possible. Moinesse errante, sébile et crâne lisse marchant jusqu’à plus soif d’air et de pas. Se perdre sous la canicule pour découvrir la jouissance de l’eau fraiche ; ahaner dans les montées et comprendre soudain qu’on n’est jamais seul : sur les chemins pentus de l’espérance, toutes les mains tendues jadis nous poussent vers un pas de plus. Dormir sur un quai de gare avec d’autres voyageurs égarés et découvrir le langage du cœur sur la verticale du quai de Babel. Dans un train de montagne qui se traine le long d’un lac au fond duquel trônent, visibles, les vestiges fantomatiques de villages inondés, apprendre mille choses enseignées par un contrôleur plus enjoué par son paysage natal que par son devoir professionnel. Dans un décor de Giono, être surprise par la grêle, réveillée par un sanglier de mauvais poil, entendre sonner les cloches d’une église toute proche, découvrir le lendemain que l’église est abandonnée et la toile de tente plus résistante à l’orage que les toits du village et le surlendemain que le lieu est riche de légendes de jeunes femmes s’y égarant la nuit et y perdant la raison. Se faire chasser d’un square par un fantôme qui vous entre dans l’oreille à l’instant où les cigales se taisent. Exulter devant cette pleine lune orange, immense, troublée par la chaleur, qui surgit par-dessus la mer du sud.

 

Des rêves, des fleurs, des oiseaux et des cigales.

 

Cigale dans sa pinède, et un bout de tôle pour se protéger des intempéries au milieu d’autres tôles que d’autres subissent. Divorcés sans le sou, légionnaires en retraite, femmes battues et sans doute quelques fuyards. Mistral de face et douches froides. C’est une nouvelle porte, un nouveau choix, un nouveau pas. L’apprentissage du paradoxe et la tentative de propager la contagion dans la vicieuse administration. Une porte d’entrée professionnelle servie sur un plateau. Un bureau minuscule, surpeuplé de saltimbanques et de musiciens agrafés sur les murs : un univers entier prêt à accueillir quiconque souhaite y entrer. Nombreux sont celles et ceux qui en poussent la porte : jeunes humains oubliés du monde ; gitan exclu du clan, punk à crête avec chien, squat et bancs publics, sortant de prison, artiste en devenir déjà maudit sont venus se joindre aux saltimbanques dans ma galerie de portraits. Parce que je ne peux pas oublier, aller chercher l’un dans un squat jonché de seringues, pousser l’autre dans une carrière de prestidigitateur plutôt que de pickpocket. Et cet autre qui me tombe dans les bras, oubliant l’image qu’il s’est construite, cet autre que je retrouverais dans un train des années plus tard, souriant et heureux.

Sur cette ancienne route menant au bagne j’expérimente un jeu dangereux : l’intégrité gagnée à la force de l’inconscience. Icare de ce nouveau monde, il en résulte des cicatrices de trous, de clous, quelques traces sur la peau.

Quelques écueils neuronaux, quelques dérapages émotionnels, mais, protégée par un ange guerrier en retraite, étrange père par intérim autoproclamé, j’apprends vite que l’excès est sans issue alors je prends celle de secours.

 

J’envois une lettre, une seule, dans l’unique structure d’une ville qui en compte cent où je veux œuvrer. Convocation. La porte s’ouvre sur un regard : pas besoin d’en dire plus : je commence tout de suite. J’ai déjà commencé.

 

C’est parée de tous les accessoires de l’apprentissage de la féminité que j’emprunte l’échelle branlante vers les méandres poisseux des égouts du monde. Je pousse une porte qui s’ouvre sur une rencontre. Des rencontres. Avec un guide, un lieu, un univers ; rencontres de moi-même, des folies, des excès ; rencontre de l’étincelle dissimulée sous le sourire sans dents ; rencontres de la vie, de mon âme: de la mort. Une école sans table ni chaise où chacun est un maitre. Apprendre à travailler avec ce que l’on est. Nulle tricherie possible. Apprendre la juste proximité : la distance est un leurre, la fusion un poison.

 

Des portraits du monde entier, un nouveau Babel : le monde en est jonché. Découvrir la tendresse, douce, gratuite, réservoir infini de vie.

 

Rencontre d’un univers sans fleur et sans petits oiseaux, et pourtant, un soir d’extrême fatigue, de lassitude, même, un bouquet volé surgit au bout d’un bras percé. Ici pas de cigales, quelques rats qu’on entend sous le plancher. Mais un soir, la musique qui fait pleurer ce grand échalas roumain. Je ne comprends pas les mots, mon frère, mais je saisi l’émotion. Ce soir là, tous les oiseaux de Roumanie lui égaillait le songe.

 

Vivre la nuit dans cette bulle irréelle aux côtés de criminels, violeurs, braqueurs, dealers, agresseurs fantasmés et réels avec cette viscérale conscience du tristement humain. Se frotter à la faune et aux pathologies des marécages urbains : pustules, abcès, virus, gale, poux, puces, tuberculose, sang, mort, folie furieuse, faim, prison, errance. Ne manquait que la peste.

 

Ton plus viscéral dégout contre ma plus grande joie. La mort fait naitre la vie.

 

S’il est des portraits que l’on garde accrochés dans la galerie des trippes, d’autres prennent place dans celles du cœur. La magie de rencontrer un ami. Vivre chaque instant, côte à côte : le quotidien, le ludique, le grave, le sévère, le triste, le mélancolique, la joie ; partager un toit, un emploi, des passions, des doutes, des connaissances, des désespoirs, de la musique, de la danse, des rires et des chants, des pays, des langues. Apprendre l’autre et l’accepter dans sa plus imparfaite intégralité. Qu’aucun de nous ne soit jamais ni maitre ni valet. Epitaphe de vie.

 

La porte se ferme sur un cadavre et s’ouvre sur les collines de la joie.

 

Ma vieille voiture achetée dans un quartier peu recommandable d’une ville qui ne l’est pas moins perd le cerveau de ses freins sur la route. Peu importe. Un plateau à redescendre et un embouteillage permanent qui me permet d’atteindre la vallée sans encombre. Il est tard : la nuit est tombée. J’ai avalé mes premiers longs kilomètres motorisés dans un véhicule aux vitres condamnées, sous une chaleur estivale intense. J’arrive épuisée et béate.

Il fait beau pourtant l’instinct me pousse vers la cour d’un petit hôtel. Là se dresse une porte annonçant celle qui suivra. Une table est dressée. Les convives, pèlerins en dilettante de Compostelle, parlent une langue qui m’est chère : ma langue maternelle. Cafougnettes et fous rires. Repas gargantuesque. Au petit matin, la note a été payée avant mon réveil.

 

C’est une dame très âgée qui m’accueillera, refusant de me laisser dormir sous la toile. Elle me prête un toit. En échange je tire l’eau du puits et l’aide à confectionner des confitures de prunes. Comme si son accueil ne suffisait pas, elle m’aide encore à trouver un logement.

 

Bref retour sur les bancs de l’école. Réapprendre l’insouciance. Un rôle d’ainée et des prétentions vite balayées. L’expérience est une lanterne qui éclaire le passé.

 

Des nuits au pied de falaises qu’on m’apprend à grimper, des bivouacs dans des grottes, sous le nid des vautours, au fond de vallées où l’on s’attendrait presque à voir surgir un loup, où l’on voit surgir un couple de blaireaux. Du théâtre, de la marche, du grand air, du feu, du bonheur. Rencontres et re-rencontre : de vieux amis de squats en errance musicale par ici pour une nuit incroyable de fête et de tendresse. Au petit matin, rentrer sous la pluie et trois jours après, début de pneumonie. Peu importe !

 

Dix jours plus tard départ pour la Roumanie. Neuf milles kilomètres avalés. Frauder les bateaux à Venise, se réveiller hilares dans un champ au milieu d’une ville où l’on s’est endormis ivres. Passer les frontières sans pot d’échappement, le faire ressouder plus loin dans un improbable garage d’un autre temps. Des douanes et des gendarmes. Finir à poil et en rire. Entrer dans le pays, voiture dans un fossé, patron de bar armé d’une batte de base-ball, grosse trouille et gros fou-rire. Pays ravagé par l’égoïsme. Mômes au nez plein de colle. Racisme. Mélancolie. Brutalité de la réalité. Une amitié grandissante pour un être incroyable sous les pas duquel poussent les fleurs dans ce pays bétonné par le communisme et ravagé par le nouveau libéralisme sauvage.

Rentrer.

Impossible retour à la pernicieuse réalité : la routine est la mort. Tâtonnement : rester ? Partir ? Pour aller où ?

Clôturer l’aventure par un voyage dans les montagnes à cinquante amis. Le cœur qui explose de cet amour multiplié par cinquante. Et après; que faire ?

 

Face à l’hésitation: errer et frapper à toutes les portes.

 

Rencontres de tribus d’illuminés, de communautés libertaires, d’improbables habitations en bois, à roues, en toile. Une équipe de charpentier d’un autre temps, d’un autre espace qui œuvre au sublime. Les techniques ancestrales font se dresser peu à peu tantôt une coque de bateau, tantôt une chapelle médiévale selon le regard qu’y portent des voyageurs qui s’égarent ici. Quiconque s’y sent bien est invité à rester dans ce havre en construction au cœur d’une étrange forêt qui murmure. Dolmens et tumulus. Rêves étranges. Nuits agités. Fin du chantier sur des accents de sabbats.

 

Une maison accueille mes doutes : j’y tourne comme un lion en cage. La porte de la cage s’ouvre sur celle de la famille, la conscience naissante que le demain est aussi dans l’hier.

 

Retour à la terre meurtrie des labyrinthes du sacrifice et de la rage. Les fourmis du passé jaillissent le dos chargés du poids de l’histoire subie. Mes grands-pères ne figurent guère dans les annales officielles de la révolution industrielle. Reste une rage enfouie, couvée. Aviez-vous cru que nous oublierions Courrière ?

 

Découvrir ma propre famille. Soigner les plaies de mon sang. Me confronter à l’adolescence meurtrie pour soigner mes propres meurtrissures. C’est un bateau qui m’emmène sur le canal du bout de la rue, canal qui mouillait mon école et que je n’avais jamais regardé. Un bateau au chargement humain brisé avant d’avoir eu le temps de se construire. Un équipage divers, riche de ressources humaines si mal exploitée : exploitée tout court.

Jamais je n’avais assisté impuissante à un tel gâchis de volonté. Economie de bout de chandelle et corruption. Maltraitance institutionnelle. Harcèlement. Face au mépris et à la haine, on danse d’un pied sur l’autre, de la toute puissance à l’anéantissement moral. Il faudra encore un voyage et encore une rencontre pour que j’abandonne le combat : nul ne peut gagner seul face à une hydre multitête gavée de pouvoir jusqu’à l’écœurement. Peu importe. Un sourire relèvera.

 

Je baisse les bras, momentanément brisée et flottant dans la sphère du non-faire. Quelques errances partielles, un retour au pays de mon cœur, quelques scènes arpentées dont la plus généreuse : celle dressée sur la terre de mes aïeux. Un conte social et moderne pour rendre à ce pays ce qu’il m’a offert : lutte et espoir. Transe du narrateur.

 

L’heure a sonné d’un nouveau départ.

 

Je ne sais jamais où aller, alors je fais une prière, une seule pour moi-même en ces instants : s’il te plait, madame la vie, je souhaite trouver un logement au chaud pour l’hiver : je le veux, mon bout de terre, et on ne gagne de l’argent qu’en n’en dépensant pas. Abracadabra à la première pleine lune qui passe, me voilà convoquée au centre du pays pour être payée à être et à habiter.

 

Tout reste à construire, mais ton coup d’épée dans l’eau, petit bonhomme, me fait réaliser le chemin parcouru : les cicatrices ne sont plus des plaies béantes.

 

Des regrets ? Un seul. Un geste qui dit non quand toute mon âme dit oui. Un geste timide et doux, une promesse d’éternité, mais la peur de l’infini m’a fait reculer. Un regret, mais tout n’est pas fini. Un vieux fou errant, Moha ressuscité, l’a dit : « le soir, mademoiselle ! Le soir ! ». Et c’est à peine le début de l’après-midi.

 

Tout au long de la route se dressent des portes, parfois invisibles, parfois d’or, de bois, de sucre, d’épines ou de barbelés. Derrière chaque porte, un escalier qui monte, qui descend ou qui se dérobe. Sur chaque palier, il y a des formidables toi si généreux, si intègres, si savants, si justes. Toi si différents, si contradictoires, si improbables. Des Toi qui guérissent, aident, bousculent, approuvent, contredisent, nourrissent, regardent, écoutent et aiment.

 

Ce que tu prends pour naïveté n’est que la voile de la vie dans laquelle souffle le vent de l’espoir, poussant ma frêle embarcation sur un océan de curiosité à la découverte de l’étincelle de beauté qui se trouve en toute chose. Ce que tu prends pour de la prétention n’est que la gratitude pour tout ce que la vie offre de rencontres et d’apprentissages. Ce que tu prends pour orgueil est seulement l’acceptation de ce que je suis. Imparfaite et privilégiée. Ca n’est pas moi que tu hais, c’est le miroir que je te tends.

 

Cela est dit, il y a donc place pour autre chose.

 

La vie, les fleurs et les oiseaux.

 

 

 

08.10.2007

Communiqué de Résistance au String

Le moyen-âge a été le théâtre du sexocide des « sorcières », le dix-neuvième siècle en était encore à se demander si les femmes avaient une âme ; il a fallu l’opportunisme d’un général pour qu’elles obtiennent le droit de vote au vingtième, une révolution pour avoir accès à la contraception et un manifeste de salopes revendiquées pour légaliser l’avortement.
Vingt siècles de luttes et de maltraitance, vingt siècles d’avancées lentes et dérisoires pour en arriver au string.

Une ficelle et de la dentelle comme symbole de la domination masculine récurrente. Si Bourdieu parlait de la mini jupe comme du corset invisible, c’est parce qu’il est mort avant l’avènement de cette horreur imposée aux femmes à coup de marketing. Celles qui y ont succombées parlent de confort. Quel confort ? Celui de l’échauffement entre les fesses quand on a une vie active ailleurs que dans une voiture et assise à un bureau ? Le confort d’être regardée comme un objet prêt à consommer servi dans un emballage libidineux ? Louise Michel eut-elle gravie les barricades munie de cet accessoire ?

Cet objet inutile et bizarre apparait comme le symbole de l’acceptation résignée de la soumission des femmes au désir des hommes. Des gamines de douze ans quittent prématurément l’enfance en l’enfilant, les femmes de soixante essaient d’en paraitre quarante de moins en l’exhibant, et celles prétendument matures cèdent aux caprices consuméristes des hommes éveillés à la sexualité par la pornographie.

Discours rétrograde ?

Les belles que décrit Shéhérazade devaient onduler du string pour rester en vie. Aujourd’hui les femmes doivent le porter pour exister. Quelle merveilleuse avancée !

28.08.2007

Au feu!

Dans l'indifférence générale, l'armée algérienne brûle les forêts de Kabylie. La Grèce s'enflamme et l'Europe ne bouge pas. Ha si! Quatre Canadairs et quelques hommes français, histoire de faire bonne figure.

Les forêts n'appartiennent pas à une quelconque nation: les forêts appartiennent à l'humanité. Mais l'humanité dort, et dormira jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus respirer.

20.08.2007

Prisons, centres de rétention, hopitaux psychiatriques; et après?

Après les centres éducatifs fermés pour les mineurs délinquants, Son Sérénissime Empereur des Gaules vient d'annoncer que des hôpitaux fermés accueilleront les délinquants sexuels.

A chaque déviance son enfermement. Il ne va pas rester grand monde dans les rues!

 Bien sûr, la mesure sera populaire. Quand on se mettra à enfermer Roms et Gitans, ça sera peut-être aussi populaire. Et puis, peut-être qu'on enfermera les homosexuels. C'est contre nature, l'homosexualité, c'est bien connu. Alors la mesure sera populaire. On pourrait peut-être aussi créer des centres de rétention pour communistes. Et puis d'autres pour écrivains subversifs. Et des hôpitaux pour remettre dans le droit chemin ces déviants d'anarchistes.

En plus, l'ouverture de tous ces centres et hôpitaux n'ont pas que l'avantage de nous mettre à l'abri des déviances diverses: ils créent des emplois. Ou mèneront à la réinstauration de la peine de mort. Après tout, ce sont les délinquants sexuels qui ont ouvert (malgré eux) la voie au fichage adn généralisé.

Ironie(?) mise à part, certains pays ont développé des solution de prévention qui donnent de vrais résultats. Voir .

11.08.2007

Morituri Popular

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07.08.2007

Les Femmes ont leurs Secrets

Quatre heures que Moshe faisait les cents pas dans le couloir quand enfin Fatima sorti de la chambre.
« C’est une fille ! S’écria-telle
- Grâce à Dieu ! dit Moshé, une fille ! Dieu est grand ! Comment va Sarah ?
- Et comment veux-tu qu’elle aille ? Elle est fatiguée! Laisses la donc se reposer avant d’aller l’embêter avec tes questions d’homme ! Mais ne t’inquiète pas ! Tout c’est bien passé ! »

Fatima avait la réputation d’être la meilleure accoucheuse de Jérusalem. Sa mère lui avait appris le métier, et elle avait prit sa suite quand elle était devenue trop vieille. Quoique les rabbins aient annoncé qu’une musulmane ne pouvait mettre au monde les enfants juifs, des familles juives continuaient à faire appel à elle. En secret. On prétendait ensuite que la mère avait accouchée seule. Les rabbins n’étaient pas dupes, mais Fatima était d’une telle discrétion, d’une telle humilité, que personne n’avait jamais pu prouver qu’elle était présente lors de tel ou tel accouchement. Une fois qu’elle était sûre que la mère et l’enfant se portaient bien, elle sortait par la porte de derrière. Elle et sa mère avait mis tant d’enfants juifs au monde que Sarah disposait d’un laissez-passer permanent. Les soldats autant que les policiers des check-points la connaissaient et se contentaient de faire semblant de ne pas la voir.

Sur l’insistance de Sarah, on prénomma la petite fille Tsipia.

Quelques semaines plus tard, Fatima rendit visite à Sarah. Les deux femmes étaient amies de longue date, n’ayant que faire des conflits qui opposaient leurs peuples, ne se souciant guère non plus de la différence de classe qui les opposaient. Fatima était pauvre, le métier de sage-femme ne rapportait guère. La plupart de ses collègues arrondissaient leurs fins de mois en arrangeant des mariages. Fatima refusait de prendre part à ces pratiques moyenâgeuses.

« Fatima ! Je suis heureuse que Dieu m’ait donné cette enfant ! Mais dans vingt ans, elle sera soldat, comme les autres. Dans vingt ans, peut-être seront-ce tes enfants qu’elle tuera ! »

La mine de Fatima se fit sombre. Ses yeux brillaient d’une colère sourde.

« Sarah ! J’ai vu mourir mon père alors que j’étais encore enfant. Plus tard, j’ai vu mourir mes frères au nom d’Allah. Et bien au nom d’Allah, je jure, ma chère amie, que je n’aurais pas d’enfant ! Je ne mettrais pas au monde les assassins de tes enfants.

- Toi qui mets au monde des enfants chaque jour, tu prétends que tu n’en auras pas à toi ?
- Regarde le trouble qui te ronge lorsque tu songes à l’avenir de ta fille. Chaque jour je vois des enfants naitre et chaque jour je vois des femmes pleurer ! Toutes savent que leurs enfants ne seront jamais vieux et mourront les mains tâchées de sang ! Certains auront même les mains tâchées du sang d’enfants. Chaque jour des pères se réjouissent de voir venir de futurs soldats qui défendront leurs intérêts, et chaque jour des mères prient pour la fin de ce conflit ridicule. J’aurais des enfants lorsque j’aurais l’assurance que nos deux peuples n’en feront ni des guerriers, ni des colons. »

Les années passèrent. Loin de trouver des solutions, les peuples sémites continuaient de se maudire et de s’entre-tuer. Le temps passant, les combats s’intensifiaient alors que peu de gens se souvenaient encore de leur cause. Mais le temps passant, de plus en plus de femmes se joignaient à la cause de Fatima. Au hammam, loin des hommes, les femmes se mettaient peu à peu d’accord. Le message passait d’une communauté à l’autre. Les mères en avaient marre. Elles voulaient que leurs enfants vivent en paix. Elles mirent leurs ventres en grève.

Les premières années, la chute de la natalité passa inaperçue aux yeux des autorités occupées ailleurs. Mais quand il sembla que toute une génération refusait de naitre, les hautes sphères, d’un côté comme de l’autre du mur de la honte, commencèrent à s’en inquiéter. Ces politiciens incapables d’œuvrer pour la paix se réunirent autour d’une même table pour tenter de remédier à ce problème. Ils trouvèrent une solution très simple : ils interdirent toute importation et fabrication de contraceptifs. Les rares touristes qui se présentaient aux frontières se voyaient confisquer pilules et préservatifs. Les femmes portant un stérilet – eussent-ils peur qu’ils soient réutilisés ailleurs ? – se virent interdire l’accès au pays divisé. Les organisations non gouvernementales furent accusées d’inciter les femmes à ne pas faire d’enfant et chassées du pays.
Mais cela ne changea rien. Les femmes ont leurs secrets.

Des centaines de femmes furent répudiées. D’autres encore furent lapidées ou immolées, pour servir d’exemple. Ce fut un massacre comme seule l’Inquisition, en Europe, quelques siècles plus tôt, en avait connu. Mais les femmes préférèrent souffrir en silence que de voir mourir leurs enfants : elles continuèrent de ne pas les faire naitre.
Les politiciens prirent peur et accusèrent les époux d’être de mèche avec leurs femmes. Ils envoyèrent, de part et d’autres, des commandos violer à tout va sur tout le territoire. On forma des bataillons spéciaux, pour ce faire ; des bataillons de jeunes hommes en pleine force de l’âge. Il ne naquit pas plus d’enfants. Les ventres restaient en grève.
Ils organisèrent alors deux grandes récoltes de spermes. Il y eut bien sûr deux banques centrales du sperme : l’une récoltait la musulmane semence, et l’autre les juifs gamètes. On mit en place de grandes rafles de femmes qu’on tenta d’inséminer artificiellement. Mais il ne naquit pas plus de nouveau-nés.

Pensant que les femmes avaient trouvé moyen de se procurer des contraceptifs inconnus, ont leur interdit de sortir de chez elles.

Peu à peu, les derniers nés grandirent et il n’y eu bientôt plus d’enfants dans les rues de Palestine.

L’information circula de part le monde. Partout, les autorités religieuses fustigeaient les femmes sémites. Même le Pape fit de longs discours depuis Rome pour inciter les femmes à faire de nouveau naitre des enfants. Certes ses ouailles n’étaient pas concernées par le phénomène, mais il craignait que cette rébellion ne se rependent de part le monde.

L’ONU s’en mêla et organisa de grande campagne de propagande dans le pays. Une conférence internationale réuni les chefs d’états du monde entier. Mais les tenant des hautes sphères eurent beau mettre leurs réflexion en commun, ils ne trouvèrent pas l’ombre d’une solution.

Puis l’on découvrit que pour une fois le Pape avait vu juste. Partout où régnait des conflits guerriers ou sociaux, la natalité chutait. D’abord, ce fut en Irak, en Afghanistan, dans maints pays d’Afrique Noire, en Colombie que le phénomène se propagea. Tous les laboratoires qui fabriquaient encore des contraceptifs furent brûlés. Mais la grève des ventres se rependit comme une trainée de poudre. Les Etats-Unis furent touchés quand le président annonça une énième guerre de conquête du pétrole. La France abandonna les grèves habituelles au profit de ce nouveau moyen de lutte quand on attaqua une fois de plus son système social. Les chinoises trouvèrent enfin un moyen de lutter contre le régime en place sans qu’on ne tire sur la foule. Partout les gouvernements prirent les mêmes mesures : destruction des contraceptifs, lynchages, viols, inséminations artificielles. Sans plus de succès.

Bien sûr, il naissait toujours des enfants. Les femmes riches dont les familles n’avaient jamais été touchées par la guerre ni par la misère continuèrent à enfanter. Mais quand toute une classe d’âge disparue, ce sont les enfants nés dans les beaux quartiers du monde entier qu’on voulu envoyer à la guerre. Les familles riches retirèrent alors leurs capitaux de l’industrie de l’armement et refusèrent de livrer leurs enfants aux états guerriers qu’ils avaient toujours soutenus.

L’ONU, les religieux, les hommes politiques : tout le monde maintenant suppliait les femmes de ne pas laisser l’humanité disparaitre.

Elles furent de nouveau autorisée à sortir de chez elles et à se réunirent.

Sarah et Fatima se retrouvèrent, accompagnées de Tsipia, qui avait maintenant presque trente ans. Avec d’autres femmes, elles rédigèrent un long communiqué dans lequel elles expliquaient les conditions qu’elles requéraient avant de mettre au monde des enfants. Elles souhaitaient le limogeage de tous les politiques et de tous les industriels qui avaient œuvrés pour la guerre. La destruction de toutes les armes, de tous les engins de guerre et de toutes les unités de fabrication de celles-ci, et la garantie que plus jamais l’on ne prendrait de décisions qui mettraient leurs enfants en danger. Elles précisèrent que si un jour, n’importe où dans le monde, on tentait de recréer une guerre, les femmes du monde entier feraient de nouveau une grève du ventre. Enfin, elles demandèrent que le mur qui séparait Israël et Palestine fût abattu et que l’on cesse de définir des frontières idiotes. Elles voulaient que juifs et musulmans vivent en voisin, simplement.

Dans chaque région du monde, les femmes revendiquèrent la paix et le respect des droits fondamentaux.

Les politiques du monde entier refusèrent de se limoger eux-mêmes. Alors les hommes, cette fois, les citoyens du monde entier descendirent dans les rues. Les soldats déposèrent les armes et brûlèrent leurs uniformes. Un par un, les gouvernements du monde entier tombèrent. L’ONU fut refondée sur de nouvelles bases. Peu à peu, ce que voulaient les femmes advint.

Le premier enfant qui naquit à Jérusalem fut le fils de Tsipia et du neveu de Fatima, Mohamed. On nomma l’enfant Adam.

Longtemps les hommes cherchèrent comment les femmes avaient pu rester stériles si longtemps. Ils n’en surent jamais rien. Les femmes ont leurs secrets.

03.08.2007

Communication du ministère de la guerre.

Comme je suis un peu tête de noeud, j'ai essayé de comprendre pourquoi, à part "Boursorama", aucune forme de presse en ligne ou papier ne parle de l'édifiant courrier mis en note hier.
Voilà un début d'explication. Lors du conseil des sinistres du 1er août, un certain Laurent Teisseire a été nommé Directeur de la Délégation à l’information et à la communication de la défense (DICoD), porte parole du ministère. Là, on se dit "qui c'est ce type"? Alors, toujours sur le site du Ministère de la guerre, on clique sur la biographie du triste sire et on découvre que "De 1995 à 2000, Laurent Teisseire est directeur des fusions/acquisitions et du développement d’Aérospatiale, puis directeur des affaires Airbus à Aérospatiale-Matra."

Le monsieur a sans doute juste jugé bon de prévenir ses p'tits copains de la cour de la Bourse qu'il y aurait bientôt de juteuses affaires à faire.

Allez, lançons les paris: à l'image des Etats-Unis qui attaquent l'Irak, quel sera le premier pays attaqué par la France dans les mois ou les années à venir? Je mise 10 neurones sur l'Iran.

02.08.2007

Alerte!

LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

Paris, le 31 juillet 2007


Monsieur le Conseiller d'Etat,


Depuis 1994, des évolutions considérables ont bouleversé l'environnement international et les données stratégiques de notre défense et de notre sécurité : attentats du 11 septembre, émergence de nouveaux pôles de puissance régionale, prolifération, effets de la mondialisation et des évolutions technologiques. Parallèlement, la professionnalisation de notre armée et la fin de la conscription ont entraîné des mutations radicales de notre outil de défense. Enfin, aujourd'hui, des choix décisifs pour la défense du pays vont devoir être opérés, et devront se traduire dans la prochaine loi de programmation militaire. Celle-ci devra asseoir la crédibilité de notre défense, dans le respect des contraintes financières qui s'imposent à l'Etat.


Pour prendre en compte l'ensemble de ces paramètres dans une démarche cohérente, j'ai décidé d'engager une réflexion approfondie sur notre politique générale de défense. Elle devra aboutir à l'établissement d'un nouveau Livre blanc. Ces travaux seront conduits sous l'égide d'une commission dont j'ai décidé de vous confier la présidence.

Le futur Livre blanc définira un concept de défense globale de notre pays et de ses intérêts. Il portera sur les domaines de la défense et de la sécurité. Il devra couvrir une perspective d'une quinzaine d'années, tout en ayant vocation à être actualisé régulièrement.

Vous fonderez vos travaux sur l'analyse des nouvelles données du contexte international, économique et stratégique, l'évaluation des risques et menaces potentielles, dans le souci constant d'assurer la protection des populations et du territoire, mais également des Français de l'étranger, de garantir l'indépendance du pays et la préservation de ses intérêts stratégiques dans leurs acceptions les plus larges.

Sur cette base, votre étude, ainsi que les propositions que vous serez amené à formuler, devront concerner notamment l'évolution de nos alliances, de nos accords de défense et l'examen des conditions d'emploi de nos armées en opérations extérieures. Je vous demande d'accorder une attention particulière au renforcement de la dimension européenne de notre politique de défense et de sécurité ainsi qu'à notre contribution à la sécurité de l'Alliance atlantique dans son ensemble.


Vous examinerez les conditions de la crédibilité de notre force de dissuasion. Vous étudierez la pertinence du format des armées et de leurs implantations, la cohérence de l'effort de renseignement, de l'effort industriel, technologique et scientifique nécessaire à notre capacité de défense, les conditions d'organisation de la défense civile et de la défense économique et le renforcement de leur coordination avec la défense militaire, dans le souci d'assurer le fonctionnement régulier des pouvoirs publics, de développer les moyens de lutte contre le terrorisme et la prolifération, et d'améliorer la prévention et la gestion des crises. Les conséquences économiques et sociales des orientations proposées devront être examinées. Enfin, il vous est également demandé de formuler des propositions sur le renforcement de l'implication du Parlement dans la définition et la mise en œuvre de notre politique de défense.


Votre réflexion sera conduite sans préjugé ; elle permettra d'aborder de façon ouverte et transparente les choix auxquels nous serons confrontés pour adapter notre outil de défense, pour renforcer le lien entre la Nation et ses armées, et pour organiser la mutation de l'appareil industriel et de recherche dans un cadre national comme européen. Elle s'inscrira dans une démarche visant à maintenir et à conforter un effort de défense d'environ 2% du PIB.

Dans vos travaux, vous veillerez donc à tenir compte étroitement des constats qui seront établis dans le cadre de la révision générale des politiques publiques, tout particulièrement s'agissant de la revue stratégique des programmes d'armement.


Vous vous appuierez sur une Commission faisant largement appel à des personnalités de la société civile, incluant des représentants du Parlement désignés par les présidents de l'Assemblée Nationale et du Sénat, ainsi que les responsables civils et militaires des administrations concernés. Compte-tenu de la priorité que j'entends donner à l'Europe de la défense, je vous demande d'organiser les échanges appropriés avec nos principaux partenaires européens au cours des travaux.

Le secrétariat général de la commission sera assuré par le secrétaire général de la défense nationale. Je donne instruction aux différents ministres concernés de vous apporter leur plein concours et celui de leurs administrations.

Je souhaite disposer du futur Livre blanc début mars 2008. Il devra être précédé d'un point d'étape à la fin de l'année 2007.


Je vous prie de croire, monsieur le Conseiller d'Etat, à l'assurance de mes seSource: ntiments les meilleurs.




Nicolas SARKOZY


M. Jean-Claude Mallet
Conseiller d'Etat et ancien secrétaire général de la Défense nationale

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