24.10.2007

Le retour de la créature

78b55bf29de398a3773f6c603b15e789.gifUne petite créature insignifiante se baladait sur un chemin escarpé à la recherche de ses semblables.
Elle avait traversé bien des villes et des villages, bien des campagnes et des montagnes, traversé sur de frêles embarcations rivières et océans et pourtant, elle n’avait croisé personne. Il y avait ce souvenir confus qu’il en existait d’autres, des semblables différents et nombreux. Elle ne se souvenait pas de ce temps là clairement, c’était une impression diffuse qu’un jour elle n’avait pas été seule. Un jour, elle s’était éveillée sans mémoire. Avant, il n’y avait que sensations, après, errance solitaire.

Elle se souvenait de la première fois qu’elle avait trouvé une ville sur son chemin sans fin. Elle avait tout de suite su que ces immenses bâtiments n’avaient pu qu’être construits par des êtres semblables à elle. Elle se doutait également que ces étranges lieux avaient du en abriter pléthores. Pourtant, elle avait eu beau fouiller partout, chaque maison à moitié effondrée, chaque usine désaffectée, chaque parc dont la végétation commençait à se propager au-delà des anciennes limites auxquelles on l’avait astreinte, elle n’y avait trouvé personne, ni vivant ni mort.

Elle y avait passé des semaines, puis, la difficulté de se nourrir en ces lieux avait été telle qu’elle était repartie vers les bois. , puis vers une colline où elle trouva un village, puis une autre colline, et une autre ville.

Parfois, épuisée, elle s’était installée dans un bois ou dans un village vide. Elle restait des heures à essayer de se souvenir. Sans grand succès. Elle revoyait défiler les paysages qu’elle avait traversé, elle pouvait sentir le vent de cette plaine, le goût de l’eau de cette rivière, le chant de cet oiseau, mais rien n’apparaissait d’avant ce jour où tout commença, où tous les autres disparurent.

C’est en songe qu’ils apparaissaient parfois. Des foules entières de gens bruns ou bonds, clairs de peau ou noir ébène, petits ou grands. Il y avait des songes de foule rieuse, de foule en pleurs ou en colère. Dans d’autres songes il n’y avait qu’un autre, joyeux ou railleur, tendre ou violent.

C’était toujours pour elle un grand émoi que de s’éveiller après un de ces rêves. Et ces matins là, elle marchait plus vite et plus loin, attentive à chaque bruit, scrutant l’horizon avec intensité. Mais l’horizon était toujours brumeux.

(à suivre, ou pas)

31.08.2007

Panem et circenses

Petit retour sur l'actualité, puisque la pédophilie est "tendance". Histoire de nous faire avaler la pilule des hôpitaux fermés pour délinquants sexuels, on nous a parlé en long, en large et en travers de ce pauvre môme abusé à Roubaix. Son nom, son prénom, son âge, sa photo, la tronche de son père et de son grand-père à la sortie de L'Elysée, le nom du quartier où il habite et tous les détails de ce qu'il a enduré. Je ne doute pas que le viol entrainera sur ce gamin un traumatisme. Mais l'étalage médiatique qu'il en a été fait le marque à vie des stigmates de la victime. Voudrait-il en faire le deuil, autour de lui les gens continueront de le regarder comme le petit garçon qui a été violé dans un garage. Ce viol, il le revivra indéfiniment dans le regard d'autrui. Comme si un premier viol ne suffisait pas, il l'a été une deuxième fois par la presse, la télévision et l'utilisation qu'en a fait Son Sérénissime Empereur des Gaules accompagné par son arabe de service de sinistre de l'injustice.

On nous parle de protéger les gens, et on donne en pature un gamin au voyeurisme malsain d'une population qui se gave de télé-réalité.

 

21.08.2007

Supermarché

D’abord le parking, alignement de centaines, sans doute de milliers de voitures. A tout heure, il faut s’armer de patience pour trouver une place. Rouler au pas, éviter les chariots qui apparaissent subitement derrière un bosquet de fleurs et de papiers gras; éviter les enfants rendus hystériques par la fièvre consumériste.  C’est en allant le plus loin possible de l’entrée qu’on trouve à se garer.

 

 

Traverser l’immense parking à pied, et constater que les automobilistes tournent et tournent encore aux abords des entrées pour ne pas avoir à marcher.

 

 

Pénétrer dans l’antre de la consommation. Des boutiques alignées : odeurs vaporisées de poulet, de croissant ; une boutique vend des pots pourris qui embaument toute la galerie. Pauvre vendeuse qui doit être imprégnée de cette entêtante odeur mi-fruit mi-chimique. Du bruit, enfants qui braillent et adultes qui hurlent plus fort encore. Jeux vidéos de la boutique envahie d’adolescents boutonneux et d’adultes qui ne le sont jamais devenus. Distributeurs automatiques de billets devant lesquels on s’aligne. Photomatons qui nous rappellent que les papiers d’identité sont choses sérieuses avec lesquels on ne plaisante pas. Coiffeurs et odeurs ammoniaquées, vieilles rombières teintes en rose, jeunes rombières brushinguées,  toutes à l’identique. Zigzaguer entre les chariots. Ici deux familles se sont arrêtées pour dialoguer dans un dialecte mi-français mi-patois enjolivé d’interjections incompréhensibles, les enfants en profitent pour escalader les bancs, les chariots, les arbres en plastiques qui penchent dangereusement.

 

 

Pénétrer enfin dans le supermarché. Des affiches partout pour la super promo de la semaine. Rayon surgelé, pizzas allégées. Rayon produits frais, fromages allégées. Rayon sodas, boissons gazeuses sans sucre. Rayon bouffe pour chiens, croquettes allégées. Personne ne peut y échapper.

Et au milieu des o pour cent tendance, du sans sucre protéiné, du sans rien pour les fesses, du complément pour les cheveux : du gras, du sucre et du conservateur à n’en plus finir.

Cent mètres de dentifrices, deux cents de shampooings, des crèmes pour pas vieillir et d’autres pour bronzer. Douze méthodes d’arrache poils hygiénistes. Cent mètres de livres bricolages et bien être et dix du scolaire Molière.

Ha ! Le scolaire ! Des stylo-plumes jetables, de la colle en tube, en pot, en berlingot, avec plumeau, avec pinceau ; des cartables de super-héros, les vêtements assortis , des bas sexy taille 6 ans, des godasses-à-talons-déforme-dos taille 28, et encore des super-héros cinématographiques en stylo, en cahier, en classeur, en gomme, en règle, en équerre. Du papier coloré, du papier à paillette. Les indispensables gadgets inutiles pour lesquels les enfants couinent, pour lesquels les parents cèdent.

 

 

La caisse et ses magazines télé affichant les visages glamours (contraction de « gland » et d’ « amour » ?) , des boites de chewing-gums d’aspect pharmaceutique, et encore du sucre, et encore du gras. Les bips de la caisse qui percent le crâne. Sur le tapis de cette famille plus qu’obèse, les machins lights insipides côtoient des kilos de chocolat, confiseries, sodas, gâteaux, biscuits au gras saturé et aux conservateurs édulcorés.

La caissière, ses cernes, son sourire forcé presque douloureux. Des vieilles qui râlent, des enfants qui veulent, des parents qui craquent. Le visage qui s’assombrit à l’annonce de la note.

 

 

Sortir de là très vite, retraverser cette galerie pleine de bruits et d’odeurs, atterrir sur un parking où tout un chacun balance les ordures du consommé tout de suite : emballage de barre chocolatée, gâteaux, biscuits, sodas en boites, chips. Encore du gras et encore du sucre.

 

 

J’ai la nausée. C’est la dernière fois que le chien mangera des croquettes. 

29.05.2007

Mac Do, l'UMP et les paradoxes manipulatoires

"Dans la région (Nord-Pas de Calais), en mars 1999, un peu moins d’un immigré sur deux se concentre sur les zones d’emploi de Lille et Roubaix-Tourcoing", nous explique l'INSEE. L'UMP l'a bien compris et son candidat aux législatives s'appelle Salem Kacet. La candidate à Neuilly s'appelle Joëlle Ceccaldi-Raynaud et elle succède à son père Charles. Si ça, ça n'est pas un joyeux mélange de marketting et de clientélisme, qu'on m'explique de quoi il s'agit.

 Ce matin, passant devant un fat food de la célèbre chaine américaine, je constate pour mon plus grand agacement qu'une salle de sport baptisée "Ronald-Gym" est attenante au "restaurant". Histoire de faire taire ces méchants contradicteurs qui ne font rien qu'à dire que mac do rend gros. Si ça, ça n'est pas du foutage de gueule en bonne et due forme, qu'on m'explique de quoi il s'agit.

Sarko et Mac do ont-ils le même responsable de marketting? Mac do propose déjà des menus hallal spécial ramadan à Marseille;  l'UMP va-t-il installer des salles de sports atenants à ses sièges locaux?

 

 

 

02.03.2007

Airbus

 

 "Les gens ordinaires ne savent pas que tout est possible." David Rousset

Airbus licencie pour engranger encore plus de bénéfices. La presse s'indigne: c'est la faute à Angela qui s'est trop impliquée, alors maintenant, y'a moins d'allemands que de français licenciés. C'est pas juste.

Dans le même temps, les ouvriers allemands sont en colère contre les français, puisque le chef d'Airbus est français.

Bien, les gas: continuez! Tant que vous trouvez des boucs émissaires, la Bourse tourne et licencie. C'est sûr qu'avec "solidarité" et "grêve générale", ça marcherait mieux, mais la peur, m'sieur dame! La peur a gagné. Encore.

01.03.2007

Chasse

Ce matin la forêt résonne du chant des oiseaux et des tronçonneuses.

L'hiver, l'humain chasse le chevreuil; et au printemps il chasse le chêne et le boulot.

 

20.02.2007

Délinquance: mode d'emploi

Comment fabrique-ton un "délinquant"?

Facile! Prenez n'importe quel môme un peu remuant, issu tant qu'à faire d'un milieu socio-culturel défavorisé, comme on dit poliment pour ne pas dire plus clairement prolo. Laissez l'éducation nationale le virer de l'école parce que les enseignants ne sont pas capables d'adapter leur enseignement au dit gamin remuant. Taxez le d'hyperactif, c'est à la mode et vous aurez l'air intelligent. Eventuellement envoyez le vers un psy, histoire de dire que vous avez fait quelque chose pour lui et ouvrez lui les portes de la défonce avec le ritalin (c) - le médoc à la mode pour les gamins estampillés hyperactifs, détourné par les plus vieux comme amphétamine (cf aux Etats Unis où le ritalin est utilisé à tout va depuis une vingtaine d'années).

Une fois descolarisé, le gamin ne tardera pas à trainer avec d'autres jeunes déjà descolarisés, un peu plus vieux que lui, et à passer le temps en commétant d'abord de menus larcins avant de rechercher l'excitation dans des actes de plus en plus graves. Laissez mariner suffisament longtemps pour qu'un juge des enfants s'en mèle. Et voilà! Vous avez un mineur de plus dans les colonnes de chiffres!

 Ca vous semble tiré par les cheveux? Si seulement ça pouvait l'être!

16.02.2007

Délinquance


Délinquance, le mot est tendance. Les questions portent sur la couleur, le vocabulaire, les actes. Voitures brûlées et poubelles volées; deux claques à un éducateur, une insulte à un flic; une plaque de chocolat, une bouteille de whisky; un dessin sur un mur, un couteau pour une clope. Et des colonnes de chiffres.

 

Mais la couleur de leur sang, mais leur langue maternelle et les livres absents? Mais les actes vus et ancrés comme n'importe quelle normalité? Les mots? Irrécupérable, bon à rien, fainéant, délinquant! Ancrés eux aussi dans la mémoire, jusqu'à un improbable autre chose.

Des mômes déchus.

 

La foule réclame veangeance. A bat le laxisme! Sacrifice sur l'autel de la propriété! La geôle et le bûcher!

 

Et le gamin qui pleure au fond de son lit? Et la môme qui s'automutile pour exprimer ce qu'elle ressens sans les mots pour le dire? Et celui-là, et celle-ci, qui se gave pour se sentir rempli, qui ne mange plus pour dire qu'elle a trop peur de se sentir remplie? Et cet exilé de force qui a eu le non-choix entre l'exil et la misère, entre la folie et la mort?

 

Et ce sourire sur une bougie d'anniversaire? Et ces rires de sauter par dessus le ruisseau? Cette patience infinie à tenir la canne à pêche, la précaution de ne pas faire souffrir le poisson? Ce numéro de clown improvisé dans les rayons du supermarché? Cette bataille d'oreiller ou ce câlin au chien? Ce regard si lucide et si dur sur le monde tout autour? Cette envie de rester malgré tout en vie?

La geôle et le bûcher!